Charles-Henry Chenut, associé fondateur du Cabinet d'avocats franco-brésiliens Chenut-Oliveira-Santiago, s'exprime sur la question du développement des entreprises françaises au Brésil.
Cadrexport : Votre point de vue concernant le développement des affaires au Brésil est à relier à la spécificité de votre cabinet et à votre activité de conseiller : pouvez-vous présenter vos fonctions?
Charles-Henry Chenut : Nous sommes le premier cabinet d'avocats franco-brésiliens, inscrit aux barreaux de France et du Brésil avec trois bureaux (Paris, São Paulo et Belo Horizonte), comptant sur une prochaine ouverture à Rio. Le cabinet est composé d’une cinquantaine d'avocats franco-brésiliens, ce qui nous confère une spécificité biculturelle particulièrement appréciée. Nos clients sont des entrepreneurs individuels, des PME ou ETI notamment industrielles, des entreprises du CAC 40, déjà ou non installées au Brésil. Nous accompagnons l'implantation et l'investissement des français au Brésil, le développement des affaires des brésiliens localement (nous suivons aujourd’hui plus de 800 contentieux au Brésil) comme des français travaillant sur l’ensemble du territoire brésilien. Notre activité embrasse toutes les branches du droit : des contrats commerciaux aux fusions et acquisitions, en passant par les visas et la fiscalité. Nous avons eu le privilège d’être sollicités, à cet égard, pour assister les partenaires français dans les trois derniers contrats d’Etat à Etat espérés entre nos deux gouvernements.
J'assume, par ailleurs, la fonction de Conseiller du Commerce extérieur de la France (CCEF), présidant la Commission Amérique Latine et Caraïbes au sein du Comité national des CCEF, assurant également la Présidence du groupe Brésil auprès de cette même institution. A la demande de la cellule diplomatique de l'Elysée, j'ai récemment intégré le Comité technique interministériel franco-brésilien, pour la promotion du commerce et de l’investissement, aux fins de porter la voix du secteur privé, avec le Medef, dans ce concert administratif inter-gouvernemental.
Cadrexport : Quel est le contexte économique brésilien actuel ?
Charles-Henry Chenut : Nous sommes dans la suite de l’année de la France au Brésil qui a donné lieu a un très fort portage politique entre nos deux gouvernements et à la mise en œuvre d’accords signés fin 2008. Beaucoup d'entreprises ont bénéficié de cette émulation politique. Puis il y a eu en 2009, la crise économique mondiale qui a impacté l’essor du Brésil et qui a naturellement ralenti l’investissement des français sur zone. Aujourd'hui, nous assistons à une forte reprise, après quelques mois de pause, où les entreprises françaises décident de traduire dans les faits leurs volontés d’aller travailler au Brésil. Ce pays reste très attractif économiquement : une maîtrise de l'inflation, un PIB à 7% , une baisse du chômage, une accession à la propriété et un développement du crédit aux personnes, par exemple. Il convient aussi de remarquer que le Brésil – à la différence peut être d’autres pays émergents – offre aux investisseurs étrangers une réelle garantie démocratique, une assise des institutions locales, une politique budgétaire et financière très stricte et rigoureuse ... puis notons que l'accroissement de cette nouvelle classe brésilienne qui accède à la consommation ouvre des parts de marché considérables. Ce qui attire les entrepreneurs, bien sûr.
Cadrexport : L'attractivité était-elle exclusivement économique ?
Charles-Henry Chenut : Non. Je constate régulièrement le désarroi de l'investisseur français dans les autres pays du BRIC. Il n'est possible de faire des affaires que lorsque l'on se sent bien dans le pays dans lequel on décide de s’implanter. Or, la proximité culturelle entre la France et le Brésil est importante. Le Brésil est une terre d’accueil privilégiée pour un entrepreneur français. Le climat est amical et familier ; les codes sociaux sont vite appréhendables, ce qui est séduisant pour les français. Cette attractivité est donc aussi culturelle. D’un point de vue juridique, le Brésil offre un cadre très similaire au nôtre. Qu’il s’agisse du droit des sociétés, du droit financier ou du droit des contrats, l’entrepreneur français aura très rapidement compris les règles qui lui seront localement imposées puisque ces dernières sont quasi identiques à celles qu’il connaît dans le développement de ses affaires en France. Certaines spécificités brésiliennes s’imposent néanmoins, ce qui appelle une certaine vigilance d’un point de vue légal. Ce cadre juridique est souvent critiqué comme complexe mais il a le plus grand mérite d’exister et d’être clair ; ce qui nous confère une vraie sécurité. C'est important pour les entrepreneurs.
Cadrexport : Y a-t-il des secteurs où les entreprises françaises ont plus de chances de se développer ?
Charles-Henry Chenut : Nous avons des clients dans tous les secteurs : énergie, aéronautique, industrie militaire, services, logistique … Il n'y a pas de secteurs plus porteurs que d'autres. Néanmoins, il existe quelques domaines d’activités qui sont davantage soutenus par le gouvernement ou qui bénéficient d’une conjoncture particulièrement favorable : il peut ainsi s’agir des infrastructures, de l'énergie, du tourisme à l’horizon, entre autres, des Jeux olympiques et de la Coupe du Monde en 2014 et 2016. Pour un entrepreneur français, il n'y a pas de secteur d'activités exclu, d’autant que 450 sociétés françaises sont déjà implantées au Brésil dans tous les domaines, ce qui peut créer au départ un point d’attache pour l’entreprise qui souhaite profiter et développer, au Brésil, la relation professionnelle qu’elle entretient déjà en France.
Cadrexport : Faut-il exporter ou s'implanter ?
Charles-Henry Chenut : Il me paraît très difficile, en pratique, de faire des affaires à 10 000 kms des brésiliens. Il faut pouvoir avoir un contact direct avec eux, s'asseoir à leur table et avoir un échange physique. Les brésiliens sont d’abord des latins, la relation intuitu personae est fondamentale. Il est faut donc être sur place. Mais, les brésiliens sont aussi des américains ; ils sont à cet égard très pragmatiques. Le négociateur français doit être particulièrement réactif, proposer un produit innovant et ne jamais esquiver la question financière qu’il convient d’aborder très rapidement. Dans la réalité fiscale et juridique, l'implantation est facile. Il n'y a pas d'obstacle dirimant, pas de discrimination entre le capital étranger et le capital national. Il est possible de créer rapidement une société sans capital minimum, avec des associés uniquement français. Si l'implantation se réalise sans difficulté, les obstacles sont davantage du côté de l'import-export. La tarification douanière est importante, ce qui décourage certains entrepreneurs étrangers. La politique gouvernementale brésilienne n'est pas de baisser les taxes existantes. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un protectionnisme ou d'un nationalisme primaires. A mon sens, c'est beaucoup plus fin. Par exemple, dans les procédures d’appels d’offres, les produits et services, fabriqués ou développés au Brésil sont privilégiés (même s'ils sont plus chers), ce qui favorise la constitution de sociétés locales – qui peuvent être détenues par des capitaux exclusivement étrangers. La volonté du Brésil est de faire partager ses richesses, en priorité à ceux qui se sont implantés localement. Et ça fonctionne très bien ! Il est donc préférable de s'implanter et non d’exporter, dans les limites bien sûr des spécificités de vos produits ou services.
Cadrexport : Que conseillez-vous aux entrepreneurs français qui souhaitent s'implanter au Brésil ?
Charles-Henry Chenut : Il faut bien connaître ce pays : y aller, prendre son temps, y retourner et avoir rencontré ses partenaires. Cette première étape est importante et il ne faut pas la négliger. La première approche doit être humaine. La deuxième est juridique : la bonne stratégie est certainement de préférer l’implantation – rapide et peu coûteuse. Par expérience, la seule relation contractuelle que vous pouvez entretenir avec un représentant ou un agent local brésilien sert peu vos intérêts et votre activité restera atone. Le troisième bon réflexe est financier et budgétaire : avec un taux directeur local à 10, 75 %, le crédit est cher au Brésil. Il faut prévoir une large trésorerie française avant de bénéficier des premières retombées économiques locales de vos affaires. Enfin, le facteur « temps » est important. La demande économique est aujourd’hui très forte et, pour y répondre, il faut prendre conscience que constituer une société au Brésil, obtenir un visa, y travailler ou recevoir l’ensemble des autorisations requises, demande du temps. Tant que les démarches administratives et juridiques ne sont pas intégralement réalisées, vous ne pouvez être opérationnel ! Il faut donc se dépêcher et franchir le pas … Nos partenaires et concurrents, notamment européens, affichent moins de frilosité à l’expatriation et davantage de déterminisme à l’export. Le Brésil, c’est aujourd’hui et maintenant !
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Cabinet Chenut Oliveira Santiago (Paris, São Paulo, Belo Horizonte)
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Chenut Oliveira Santiago est une société d’avocats créée à l’initiative d’avocats français et brésiliens, répondant à une demande croissante d’assistance et de conseils juridiques d’entreprises nationales et étrangères évoluant dans un environnement des affaires aujourd'hui mondialisé.
Le cabinet dispose d’une équipe de professionnels hautement qualifiés et pluridisciplinaires, jouissant d’une large expérience internationale.
Interview réalisée par Diane Pinelli, le 14 octobre 2010
Article paru sur www.cadrexport.com : ( http://www.cadrexport.com/spip/Bresil-Pour-traiter-des-affaires-10713.html )